Pour une concertation nationale et le retour à la souveraineté populaire

Pour une concertation nationale et le retour à la souveraineté populaire ( Par Abdou Fall, Ancien ministre d’État

La séquence ouverte à l’Assemblée nationale autour de la révision constitutionnelle appelle l’attention de tous ceux qui ont à cœur la stabilité de notre pays, la dignité de nos institutions et la préservation du pacte républicain.

Les débats tenus au sein de la Commission des lois, et les controverses qu’ils ont suscitées, ne relèvent pas de simples considérations techniques.

Ils touchent à la place du Président de la République, à l’organisation des pouvoirs publics, aux rapports entre l’Exécutif et la majorité parlementaire, ainsi qu’aux garanties qui fondent l’équilibre de notre démocratie.

Quand c’est l’architecture même de l’État qui est en cause, c’est la Nation toute entière qui est concernée.

Au-delà de l’affrontement apparent, chacune des deux lignes en présence porte d’autres enjeux de contrôle d’espaces de pouvoir et des visions divergentes sur la nature du régime politique qui doit gouverner le pays.

Il est en effet évident que, derrière chaque amendement, se cache un enjeu de pouvoir, soit pour le Président de la République, soit pour le Président de l’Assemblée nationale.

Au fond, une seule question se pose : quel régime politique pour le Sénégal ?

L’une des options privilégie un régime semi-présidentiel à forte dominante présidentielle. L’autre s’oriente vers un régime plutôt parlementaire, où le parti devient en réalité l’organe délibérant.

À cet égard, la position exprimée par le ministre de la Justice devant la Commission des lois mérite d’être entendue.

En rappelant que la Constitution est le socle du pacte républicain et que toute modification substantielle exige réflexion approfondie et large concertation nationale, le Gouvernement a formulé une exigence de responsabilité qui transcende les clivages du moment.

Il a souligné la nécessité d’associer les forces politiques, l’opposition, la société civile et les autres composantes de la Nation.

Le Sénégal a besoin de réformes. Ses institutions doivent être régulièrement interrogées, améliorées et adaptées aux exigences de notre temps. Mais réformer ne signifie pas bouleverser dans la précipitation ; Disposer d’une majorité parlementaire ne dispense pas de rechercher une légitimité plus large lorsque les choix effectués engagent durablement l’avenir de la République.

La Constitution n’est la propriété ni d’une majorité, ni d’un gouvernement, ni d’un parti, ni d’une génération politique.

Elle est le bien commun de tous les Sénégalais.

Elle organise la coexistence des pouvoirs, protège les libertés, garantit la continuité de l’État et donne à chaque citoyen la certitude que les règles fondamentales de la vie nationale ne sauraient être modifiées au gré des rapports de force.

C’est pourquoi le débat actuel doit s’extraire des lectures partisanes et des rivalités de personnes.

Le Président de la République, le Gouvernement, l’Assemblée nationale, l’opposition, les forces économiques et sociales , la société civile, les universitaires, les autorités morales et religieuses ont tous la responsabilité d’empêcher que des divergences institutionnelles ne se transforment en crise politique, voire institutionnelles ou de régime .

Sur les questions qui touchent à l’équilibre des pouvoirs, la recherche du consensus est une condition de la paix civile et de la stabilité démocratique.

La voie la plus juste est donc celle d’une concertation nationale sérieuse, ouverte et transparente.

Nous sommes entrés dans un siècle de mutations profondes et accélérées, porté par une révolution technologique sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

Nos pays, encore loin d’avoir achevé de poser les fondements de leur développement, font face, avec des moyens très inégaux, aux mêmes défis de développement et de souveraineté que des nations bien plus nanties.

Au-delà des enjeux de pouvoir, l’essentiel est ailleurs .

Il s’agit de définir le mode d’organisation institutionnelle le plus pertinent pour libérer le génie de notre peuple dans tous les domaines et secteurs d’activité.

Il s’agit d’ inventer des modèles d’organisation politique et sociale, enracinés dans notre histoire et nos potentialités endogènes, pour concilier les exigences d’un régalien centralisé et celles d’un pouvoir local responsabilisé ?

Au total, il s’agit de libérer la créativité en plaçant le citoyen au cœur du développement de sa communauté et de la Nation.

Rompre avec la conception élitiste du pouvoir, sans tomber dans la démagogie ni le populisme.

Une societé qui porte la volonté d’aller de l’avant est une societé qui respecte le savoir et les hommes et femmes de savoir .

Ce type de débat de fond appelle précisément l’évaluation, objective et sans complaisance, d’une trajectoire institutionnelle et d’un modèle démocratique éprouvés depuis bientôt un demi-siècle ; Dont le bilan est fait d’alternances réussies certes, mais aussi , avec de graves abus de libertés auxquels il va falloir mettre un terme . Voilà les sujets sur lesquels les nouvelles générations de dirigeants étaient attendues.

Non sur des querelles devenues des affrontements fratricides pour la conquête d’un pouvoir personnel, à l’image des vieux dirigeants d’une époque révolue depuis longtemps.

C’est dans cette perspective que la nouvelle annonce de dialogue, en l’espace d’un mois, peut devenir le moment décisif et fécond d’un exercice national de concertation, exclusivement dédié à la construction démocratique d’un Sénégal capable de s’affirmer comme un acteur majeur du siècle nouveau et de jouer pleinement son rôle dans l’urgence de l’unification de Afrique .

La pratique de la concertation et de la consultation de personalités de bons conseils n’est jamais un aveu de faiblesse .

Elle est le courage de la conversation : celui qui accepte la confrontation des convictions pour permettre à une Nation d’assumer ses contradictions et d’en faire une source de cohesion plutot que de divisions .

Et au terme du dialogue , le référendum s’impose naturellement , dans les circonstances actuelles de notre pays , comme le moyen le plus légitime pour sceller ce nouveau pacte national, républicain, démocratique et social.

Par Abdou Fall

Ancien ministre

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