Journée mondiale de la contraception : un bon départ commence bien avant la naissance
Dans une trentaine de jours, Dakar accueillera les Jeux Olympiques de la Jeunesse, le tout premier
événement olympique jamais organisé en Afrique. Lorsque les athlètes entreront en piste, nous ne
verrons que l’instant final : la course, le saut ou le passage de la ligne d’arrivée. Mais avant cette
performance, l’essentiel du travail a déjà été accompli. Derrière chaque athlète se cachent des
années de réveils matinaux, de repas équilibrés, de gestion des blessures et de stratégies de
récupération perfectionnées. Les entraîneurs ont observé, les familles ont fait des sacrifices ;
quelqu’un s’est assuré qu’il y ait un lieu d’entraînement et un moyen de s’y rendre. Lorsqu’un
athlète atteint la ligne de départ, tout un écosystème de préparation se cache derrière ce moment.
Une naissance en bonne santé a elle aussi un point de départ. Et celui-ci remonte bien avant la
grossesse. Une grossesse sans risque se décide des années avant qu’une femme n’arrive en salle
d’accouchement, dans les conditions dans lesquelles une jeune fille grandit. L’accès à la
contraception en Afrique de l’Ouest et du Centre permet déjà aujourd’hui d’éviter des grossesses
non désirées et de sauver la vie des mères. Et si investir dans ces conditions produit des résultats,
c’est précisément ainsi que nous offrons à chaque enfant, et pas seulement aux futurs olympiens, un
départ dans la vie en toute sécurité. La Journée mondiale de la contraception, célébrée le 26
septembre, est l’occasion de prendre cet engagement au sérieux.
Trop souvent, on commence à parler de santé maternelle par la grossesse, ou par le moment où une
femme se présente dans un établissement de santé pour accoucher. Pourtant, une grossesse sans
risque commence bien plus tôt : lorsqu’une jeune fille reste scolarisée, lorsqu’elle dispose
d’informations fiables et adaptées à son âge sur sa santé, lorsqu’elle a la liberté de prendre des
décisions concernant son avenir, et lorsqu’elle a accès à des services de santé où elle peut poser des
questions et recevoir des soins sans crainte ni jugement.
Pour une jeune femme, un départ en toute sécurité peut signifier disposer des informations et des
moyens de contraception dont elle a besoin pour décider si, quand et à quelle fréquence elle
souhaite avoir des enfants. En Afrique de l’Ouest et du Centre, environ une adolescente ou jeune
femme sur quatre a accouché avant l’âge de 18 ans en 2023, soit environ 11 millions de jeunes
femmes dont l’éducation et l’avenir ont été compromis avant qu’elles n’aient eu la possibilité de
faire un autre choix, selon l’UNICEF. Garantir aux adolescentes et aux jeunes femmes l’accès à des
services de santé sexuelle et reproductive confidentiels, respectueux et adaptés aux jeunes est
essentiel pour leur offrir les informations, les soins et les options contraceptives dont elles ont
besoin pour prendre elles-mêmes ces décisions.
Pourtant, aujourd’hui, nous sommes dans une meilleure situation que jamais, car nous savons ce
qui fonctionne et ce qu’il faudra pour opérer un changement durable dans la bonne direction. Au
Sénégal, on estime à 900 000 le nombre de femmes ayant utilisé une méthode contraceptive moderne en 2025. FP2030 prévoit que cette utilisation permettra d’éviter 350 000 grossesses non
désirées et environ 640 décès maternels.
Cela signifie qu’une femme de Tambacounda ou de Matam peut décider du moment d’agrandir sa
famille, et que les grossesses surviennent lorsque les femmes y sont prêtes. La contraception
permet également aux mères d’espacer leurs naissances en toute sécurité, ce qui protège à la fois la
mère et l’enfant. Dans les 14 pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre étudiés par FP2030, plus de 10
% des naissances ont eu lieu dans les 24 mois suivant une naissance précédente, soit en deçà de
l’espacement recommandé par l’Organisation mondiale de la Santé. Les recherches menées en
Afrique subsaharienne montrent systématiquement que les femmes dont la grossesse est désirée
sont plus susceptibles de bénéficier de l’ensemble du continuum de soins de maternité, depuis les
consultations prénatales jusqu’à l’accouchement assisté par du personnel qualifié, tandis que les
grossesses non désirées sont associées à des soins prénataux plus tardifs et moins adéquats. Les
femmes ne devraient pas avoir à attendre d’être enceintes pour commencer à bénéficier d’un
accompagnement leur permettant de mener une grossesse saine.
Ces avancées nationales s’inscrivent dans un effort régional plus large et coordonné. Depuis 15 ans,
le Partenariat de Ouagadougou, seule plateforme multipartite à réunir de manière systématique
neuf gouvernements d’Afrique de l’Ouest francophone autour d’une vision commune de la
planification familiale, a contribué à ajouter environ 4 millions d’utilisatrices de contraception entre
2011 et 2025, permettant d’éviter plus de 30,3 millions de grossesses non désirées et 1,8 millions
décès maternels.
Ces progrès ne sont pas le fruit du hasard. Ils découlent de choix politiques délibérés. Le Burkina
Faso, par exemple, a fait œuvre de pionnier en instaurant par décret la gratuité de la planification
familiale à l’échelle nationale. La Côte d’Ivoire lui a emboîté le pas en février 2026, après une phase
pilote concluante. La plupart des pays du Partenariat de Ouagadougou ont considérablement
augmenté leurs financements nationaux en faveur de la planification familiale. Le Bénin a adopté
l’une des législations les plus complètes et progressistes en matière de santé des femmes de la
région du Partenariat de Ouagadougou, et les neuf pays membres ont tous élaboré des plans
d’action nationaux budgétisés et pris des engagements formels dans le cadre de FP2030.
Lorsque les Jeux Olympiques de la Jeunesse s’ouvriront à Dakar le mois prochain, chaque athlète
présent sur cette piste incarnera des années d’investissement que la plupart des spectateurs ne
verront jamais. La survie de la mère lors de l’accouchement constitue le premier et le plus
fondamental des investissements dans le potentiel de tout enfant à devenir l’un d’entre eux.
Lorsqu’une mère survit, toute sa famille a plus de chances de s’épanouir. Dans le cas contraire, son
bébé n’a que 37 % de chances d’atteindre son premier anniversaire.
Personne ne s’attend à ce que chaque enfant né cette année devienne un athlète olympique. Mais
chaque enfant mérite de bénéficier des conditions qui rendent tout avenir possible, et ces
conditions sont définies bien avant la naissance.
L’investissement nécessaire pour y parvenir ne se limite pas aux produits de base ou aux cliniques.
Il faudra des filles et des femmes informées, des services de planification familiale accessibles,
volontaires et fondés sur les droits, ainsi que des professionnels de santé formés et équipés pour prodiguer des soins respectueux et de qualité. Il faudra aussi relier entre eux les services de santé
reproductive, maternelle, néonatale et des adolescents, plutôt que de les traiter comme des lignes
budgétaires distinctes. Enfin, il faudra un financement durable des systèmes de santé, en particulier
dans nos pays, où la population des jeunes croît plus rapidement que les systèmes de santé mis en
place pour la servir.
Les Jeux olympiques nous offrent un cadre de référence pour comprendre l’importance d’investir
dans le potentiel. Personne ne regarde un athlète d’élite en pensant que son succès s’est construit le
jour même de la course. Nous comprenons que la réussite se construit au fil du temps. Nous
devrions envisager la santé et l’avenir des femmes et des filles de la même manière.
À l’occasion de cette Journée mondiale de la contraception, alors que Dakar s’apprête à accueillir les
jeunes athlètes du monde entier, nous appelons les gouvernements et les bailleurs de fonds de
toute la région à combler le déficit de financement de la planification familiale. Chaque champion
que Dakar célébrera le mois prochain avait une équipe derrière lui bien avant que quiconque ne le
remarque. Les mères et les enfants méritent cette même équipe, et ce même départ en toute
sécurité, bien avant que leur propre course ne commence.
Co-écrit par : Marie Ba, Directrice de l’Unité de coordination du Partenariat de Ouagadougou (PO)
et Dr Alain Damiba, Directeur général du Hub régional FP2030 pour l’Afrique du Nord, de l’Ouest
et du Centre



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